Je viens de passer une semaine... épique ? merdique ? mélodramatique ? J'en sais trop rien. Je me demande si je ne suis pas tout simplement passée dans une faille spatio-temporelle qui m'aurait menée à une sorte de quatrième dimension.
Il y a eu des signes avant-coureurs à tire-larigots, ces deux derniers mois. Une migraine atroce qui m'a fait perdre du temps à l'hôpital alors que Audrey venait de Paris pour me voir, un volcan islandais qui attend mon voyage en Ecosse pour se réveiller et me forcer à me taper vingt-cinq heures de bus, un train Epinal-Nancy qui tombe en panne et me force à me taper une heure et demi de bus trois jours à peine après être rentrée d'Edinburgh en bus, une charmante pneumopathie qui a fait de ma vie un enchainement de toux et de glaires pendant près de deux semaines, et pour boucler la boucle, une nouvelle visite à l'hôpital pour cause d'hypoglycémie qui se prolonge avec analyses de sang et scanner. Bref, un enchainement d'évènements qui ne jouaient pas forcément en ma faveur.
Dimanche, j'ai vécu une expérience fort amusante. Celle du "harcèlement" (le mot est sans doute un peu fort, au moins pour le début de cette histoire) par Internet d'un "creepy guy". Puis ça a tourné au beaucoup moins amusant (entre des shouts du creepy guy qui disait à une autre fille que sans volcan islandais, il serait déjà en route pour la France, une espèce de crise de jalousie envers un autre membre beaucoup plus sympathique, et son récit, imaginaire ou réel, je n'en sais rien et je préfère ne pas le savoir, de la fois où il a violé sa grand-mère), il faut le dire, et seule l'intervention providentielle d'une prévenante membre de last.fm aura calmé les ardeurs dévastatrices de cet imbécile.
Passons sur cette histoire, et concentrons-nous sur ma soirée de ce vendredi. Il faut se replacer un peu dans le contexte. Il fut une époque qui me parait atrocement lointaine alors qu'en fait ça ne remonte qu'à début avril, où Roxane et moi avions l'habitude de nous retrouver une fois par semaine, le jeudi soir, pour diner au Bellagio, rigoler et papoter. Or, à cause de la série d'évènements précédemment citée, il se trouve que ce dernier mois, nous ne nous sommes vues qu'une seule fois (et un dimanche, qui plus est). Je crois que le Dieu des Habitudes déteste qu'on les bouleverse. Parce que ce soir, il nous a bien fait comprendre qu'il ne fallait pas.
Déjà, le temps était pourri. Vous me direz, en Lorraine, c'est rare qu'on dépasse les vingt degrés, même en été. Mais quand même, le climat aurait pu faire un effort aujourd'hui. Ensuite, nous avons décidé de ne pas manger au Bellagio ce soir, mais dans une crêperie bretonne. C'était notre deuxième repas dans ce restaurant, et boum ! tout comme la première fois, nos cartes de crédit ne passent pas (alors que la mienne a très bien fonctionné une heure avant chez Monoprix, m'enfin, passons). Obligée d'aller retirer du cash au distributeur qui n'est certes qu'à cent mètres, mais cent mètres sous la pluie. Une fois l'addition réglée, je réalise que j'ai oublié d'acheter du shampoing. A 21 heures, le seul magasin ouvert dans le coin s'avère être le Carrefour Market. Faut passer devant le Bellagio pour y aller. Alors au moment où nous sommes arrivées à la hauteur du restaurant, j'ai dit, pour m'amuser, "Viens, on se planque pour pas qu'il nous voie !" et évidemment, il a fallu que le proprio sorte fumer à cet instant précis. Sinon c'est moins drôle quoi. Arrivées chez Carrefour Market, on se fait presque refouler puisqu'on a déjà des courses de chez Monoprix. Tant pis, Roxane m'attendra dans l'entrée. Et alors que nous sommes sorties du magasin, là, nous sommes véritablement tombées dans la quatrième dimension. Parce que j'ai beau chercher, je n'ai toujours pas compris ce qu'il s'est passé. Vraiment. Un groupe de trois jeunes (et quand je dis jeunes, c'est vraiment jeunes, quatorze ans tout au plus) est arrivé à notre hauteur, l'un d'entre eux, le seul garçon de la bande, me lançant un retentissant "T'es moche !" Oui, merci pour l'info, mais il s'avère que j'étais déjà au courant. Bref. Roxane et moi nous regardons, muées par un fou rire silencieux devant tant de crétinisme gratuit. Et au moment où je reprends notre conversation là où nous l'avions arrêtée avant cette intrusion, les jeunes kékés (appelons un chat un chat) retraversent la rue et l'une d'elles s'avance très près de Roxane en disant (et ça ne s'invente pas) "Quoi là ?! T'as dit Mangemort ?! T'insultes pas les morts okay ?!" On a pas compris le rapport, et je souhaite informer JK Rowling qu'elle se moque trop des morts dans Harry Potter. J'ai dit "Mais... à quel moment on a parlé de Mangemorts ?" ce qui m'a vallu un charmant "Ta gueule toi, t'es pas ma pote !" (ah ben merci bien oui, je choisis mes amis avec un peu plus de soin !). Puis, et c'est définitivement l'indice que nous venons de passer dans une cinquième dimension, l'une des filles, celle qui avait un roux moche et un téléphone portable qui crachait du rap, a retourné une énorme claque à Roxane. Comme ça. Sans raison. Pour le plaisir, peut-être. Parce qu'elle était dérangée, surement. Toujours est-il qu'à seulement quinze minutes de marche du comissariat, l'occasion était à ne pas rater. Et c'est ainsi que je me suis retrouvée à accompagner Roxane dans son tout premier dépot de main-courante, quelle émotion. Même si je me trouve malheureusement beaucoup trop coutumière de l'évènement. Mais passons. En tout cas, la policière qui a pris notre déposition aura bien rit grâce à notre humour dévastateur. Je ne pensais pas qu'il était possible de rire dans un commissariat, mais faut dire que mes dernières visites dans ce genre d'endroit n'étaient pas pour des affaires des plus réjouissantes (monsieur A.P., un jour j'aurai ta peau) Et en sortant, on s'est fait draguées pendant dix bonnes minutes par un mec bien, bien, vraiment
bien relou, et bien alcoolisé aussi, qui semblait échappé tout droit d'un reportage sur les problèmes sociaux des gens défavorisés. Moche. A ce point de la soirée, je suis complètement blasée et même un coca à l'Irlandais ne me remontera pas le moral. Le point d'orgue de la soirée étant la flaque de vomi que j'ai laissé devant l'agence de voyages Marmara en rentrant chez moi. Juste en dessous de l'affiche pour un voyage à 299 euro. C'est con. Je serais bien partie pour 299 euro. Mais là, plus tellement.
Je n'étais pas sortie de chez moi depuis quinze jours, à part une fois de temps en temps pour aller acheter de quoi survivre à la boulangerie à cinquante mètres. Je sais pourquoi. Le monde extérieur est trop terrifiant. Il y aura eu cette semaine un autre enchainement d'évènements, et celui-là ne jouait pas forcément en la faveur de l'Humanité.
* Pourquoi ce titre d'article ?
Parce que ma semaine était comme cette chanson :
horriblement kitsche et atrocement pertrubante.