Saturday, July 25, 2009

You waste your time & kill yourself


Vous êtes-vous déjà levé un matin en étant désagréablement mais surtout intimement persuadé que, quoi que vous tentiez pour changer ce fait, votre journée serait insipide, voire, même, répugnante ? Vous êtes-vous déjà levé en regrettant de le faire et en maudissant l’univers qui s’acharne visiblement à vous maintenir en vie même si, la veille au soir, vous avez espéré à en avoir mal à la tête qu’il aurait pitié de vous et vous ferait mourir dans votre sommeil ?
Moi oui. Lorsque le matin se lève et que ma satanée horloge biologique m’indique qu’il est temps pour moi de faire de même, je suis toujours convaincue qu’il y a quelque chose ou quelqu’un, dans l’ordre naturel des choses, qui observe, sadique, et qui a un rictus de contentement pervers sur les lèvres. Chacune de mes journées est l’occasion pour cette foutue machine de se payer une bonne tranche de rire, je n’en doute pas un seul instant.
Alors je la déteste, cette putain de mécanique. De toutes mes forces, je la déteste, et je lui demande pourquoi elle arrache à la vie des gens qui méritaient et désiraient continuer à exister pour en laisser vivre d’autres, qui eux ne demandent pas mieux que de laisser derrière eux le souvenir même du concept d’existence.
Et puis je me déteste. Parce que je me rends compte que si la mécanique ne veut pas me reprendre, je pourrais peut-être moi-même accélérer le processus. Mais que je n’ai pas le courage de le faire. Que je ne l’aurai sans doute jamais.

L’on entend souvent dire dans notre société occidentale que le suicide est un acte de lâcheté. Dans la religion chrétienne (et peut-être dans d’autres religions aussi, mais je ne m’y connais pas assez pour m’avancer sur ce terrain), le suicide est même considéré comme une sorte de péché puisque le suicidé n’a pas le droit aux offices religieuses. J’ai, de mon côté, au contraire toujours trouvé cette opinion ridicule. Je crois que les personnes qui se suicident se doivent d’être respectées et même admirées. Je pense que se suicider, c’est faire preuve d’un grand courage, et que c’est loin d’être une « solution de facilité ».
La vie, c’est quelque chose que nous connaissons tous. Nous n’avons pas été consultés sur la question : un jour, environ neuf mois avant notre naissance, deux personnes s’envoyèrent en l’air. Parce qu’elles s’aimaient, parce qu’elles étaient ivres, parce qu’elles s’ennuyaient, parce qu’elle se plaisaient… L’acte a pu être brutal ou tendre, consenti ou forcé, rapide ou long… Au final, tout cela importe peu. Le résultat, en revanche, c’est un ventre qui s’arrondit, et neuf mois après, un paquet de nerfs ensanglanté qui vient au monde. En hurlant. Comme si, dès le début, il reprochait à ses géniteurs de l’avoir conçu parce qu’il savait pertinemment ce qui l’attendrait. Et puis le paquet a grandi. Il en a rencontré d’autres qui se sont tous montrés plus ou moins gentils avec lui, et lui-même devenu plus ou moins aimable. Souvent, le paquet copine avec d’autres paquets, ce que les connards à lunettes et à barbe qui vont présenter des bouquins pseudo-psychologiques chez Ruquier appellent la « socialisation de l’individu. » Le paquet peut même parfois tellement bien copiner avec un autre paquet du sexe opposé qu’ils s’envoient à leur tour en l’air, pour larguer, neuf mois plus tard, un tout nouveau paquet qui viendra perpétuer la tradition. Celui là aussi vient en hurlant : on ne lui a pas demandé son avis non plus.
Chaque paquet a une approche différente de sa vie. Certains l’aiment, d’autres non. Certains s’y sentent à l’aise tandis que celles d’autres personnes les grattent et qu’ils s’y trouvent à l’étroit. Parfois, des paquets décident de tout plaquer pour changer de vie, radicalement. D’autres restent toujours dans la même, que ça soit par envie de persévérer, par confort, par lâcheté ou par pur masochisme. Mais il faut reconnaitre que la plupart des paquets aiment, sinon leur vie, LA Vie. Ils se sentent d’ailleurs toujours obligés d’y mettre une lettre majuscule. Comme s’ils tentaient de la déifier, les vieilles idoles étant devenues ringardes dans notre société occidentale industrialisée, bien inscrite dans notre vingt-et-unième siècle, celui du progrès, de la modernité et de tout un tas d’autres stupidités à dormir debout, les paquets semblent faire de la vie une sorte de divinité absolue.
C’est là, disais-je, que mon opinion diverge de celle des autres paquets. Parce que la vie, donc, c’est quelque chose que nous faisons depuis le jour où notre mère nous a expulsé de son ventre. Selon l’âge du paquet, il peut la pratiquer depuis très longtemps même, parfois. Pour ma part, ça fait déjà dix-huit ans. La vie, c’est quelque chose que nous ne maîtrisons certes pas mais que nous connaissons. La mort, au contraire, nous pouvons la maîtriser au travers du suicide (dans la société japonaise, par exemple, le suicide est considéré comme l’acte de liberté ultime, car l’individu choisit de mettre un terme à sa vie, et comme l‘accomplissement même de la nature humaine, parce que le sujet qui se suicide a tellement oublié ses instincts qu‘il en a même occulté l‘instinct de survie, l’instinct premier des animaux, et que la différence entre l‘Homme et l‘animal, c‘est que le premier n‘a pas d‘instinct mais des réflexes, une éducation et des habitudes). Mais nous ne la connaissons pas. Et c’est ce pourquoi il faut, je pense, admirer les suicidés : ils savent ce qu’ils quittent mais ignorent ce vers quoi ils se dirigent. La mort reste une grande énigme, et en la préférant à la vie, l’on prend le risque de trouver bien pire que ce que l’on laisse derrière soi.
On dit souvent que la peur première des paquets, c’est l’inconnu. L’enfant a peur du noir parce qu’il ne sait pas ce qui s’y cache, pas parce que c’est noir. Celui qui vote Jean-Marie Le Pen le fait parce qu’il ne connait pas et qu’il a peur de la culture des autres ethnies, pas parce que se sont d’autres ethnies. Celui qui s’accroche à la vie alors qu’il ne veut que la quitter ne le fait pas par courage, comme il est commun de le croire, mais parce qu’il ignore ce qui l’attend ensuite, et que ça lui fait peur.
L’homme étant un animal doté de beaucoup d’amour propre, il refuse d’admettre ses peur et préfère donc taxer les courageux de lâches, juste parce qu’ils sont bien moins nombreux, et que donc les peureux le sont bien plus. C’est ainsi qu’une diabolisation du suicide fut instaurée ici.

Pour en revenir à ce que je disais avant cette digression, je fais moi-même partie de la catégorie des lâches que la mort tente mais qui n’y vont pas, par peur. J’ai une peur panique de la mort. Ne pas savoir ce qu’il y a après… Parce que j’ai toujours eu peur de ne pas savoir. Je subis cette espèce de soif de connaissance que je ne parviens pas à étancher malgré tous mes efforts pour y parvenir.
Mais là n’est pas le sujet. Je mentirais si je disais que la mort ne m’intrigue pas : les choses qui nous font le plus peur sont toujours celles qui nous intriguent le plus. Parce que notre fierté d’être humain nous pousse à toujours vouloir savoir pourquoi cette peur qui pourrait paraître presque déraisonnée. Et même si je sais déjà ce qui me fait peur dans le concept même de la mort, j’aimerais savoir pourquoi ai-je cette peur de l’inconnu absolu qu’est la mort.
Et tant que je ne saurai pas, je continuerai à attendre la mort tout en la redoutant. Et tant que je ne saurai pas, je ferai partie de la majorité des paquets, ceux qui sont lâches et essaient de s’accrocher à la vie malgré tous les coups qu’ils prennent dans la tronche au quotidien.

Je suis dépressive, pas suicidaire.

1 handprint(s):

  1. "Je pense que se suicider, c’est faire preuve d’un grand courage, et que c’est loin d’être une « solution de facilité »."

    ça dépend, quand ton désespoir est vraiment profond, tu te dis que mourir serait une "solution de facilité" pour éviter de traverser d'autres étapes difficiles dans ta vie. Tu te dis "bah, au point où j'en suis, autant crever, je n'arrangerai pas les choses".
    On ne se suicide pas pour les mêmes raisons c'est vrai. ça peut-être à cause d'une malchance qui s'est toujours abbatue sur toi, ou alors à cause d'une personne qui t'a détruit, à cause d'une vie qui te semble détruite ou même à cause d'une idée qui te traverserait la tête d'un coup.

    Le suicide mène à une seule et unique solution : le soulagement de la personne qui s'est suicidée.

    "les connards à lunettes et à barbe qui vont présenter des bouquins pseudo-psychologiques chez Ruquier appellent la « socialisation de l’individu. »" >> +1 XD

    "On dit souvent que la peur première des paquets, c’est l’inconnu." >> C'est ce que je dis souvent XD XD



    J'adore cet article. *clap clap clap*



    Je pense que la mort, c'est "rien". C'est ce que tu étais avant d'être une petite cellule.
    Quand j'ai vu ce pigeon écrasé pas très loin de chez Marie, je me suis dit "Audrey, rends-toi à l'évidence. Il n'existe pas de paradis pour pigeons"

    ;)

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